Olá Sudamérica ! La Guyane, cet étrange petit bout de France coincé en Amérique du sud (mars-avril 2012)

« Si tu manges du Bouillon d’Awara… En Guyane tu reviendras… », dicton guyanais
– – –

Comment vous conter ces trois derniers mois depuis mon débarquement à Cayenne jusqu’à mon atterrissage à São Paulo au Brésil ?

D’abord, place à la Guyane.

La Guyane française

Pour vous présenter « l’étrange bête » en deux mots, la Guyane est une région et département d’outre-mer (DROM) français d’Amérique du Sud, « résidus » du colonialisme français. Il s’agit du plus grand département de France avec ses 83 864 km². La Guyane, c’est la « terre d’eaux abondantes » en arawak, langue parlée par ce peuple amérindien de la forêt amazonienne. Cette richesse aquatique va de pair avec une vaste forêt primaire amazonienne (96 % du territoire est recouvert de forêt équatoriale) dotée d’une extraordinaire biodiversité, tant en matière de faune que de flore. La Guyane est en effet un hot-spot de la planète, ces « points chauds » recensés pour leur biodiversité exceptionnelle et la menace de risque sérieux de dégradation qu’ils encourent. Cet espace naturel est néanmoins aujourd’hui protégée par un parc national et six réserves naturelles.

Mais revenons-en à nos péripéties cigalesques. Débarquement sur le continent sudaméricain, donc. Une semaine à la Marina de Degrad des Cannes (non loin de Cayenne), avec au programme : repos, repos, repos (!) et bichonage de Corner Muse (le voilier transatlantique, pour ceux qui n’ont rien suivis) et de Caminante (ma célèbre monture à deux roues, toujours pour ceux qui n’auraient rien suivis). Ce dernier remis en état de marche, nous avons donc quitté notre famille marine d’adoption le cœur serré, pour faire halte… une dizaine de kilomètres plus loin, à Rémire-Montjoly (banlieue de Cayenne). Fany et Gonzalo nous ont si bien accueilli que l’on s’est installé chez eux une petite semaine, en quête de poursuivre la recharge des batteries, la préparation de la suite des péripéties et l’exploration des alentours.

En somme, le 5 avril 2012, après 4 mois et demi de « halte marine » (entre la recherche, la préparation de bateaux et la navigation), j’enfourche ma monture avec l’excitation et l’appréhension des grands départs.

Troisième partie du périple revanchesque des cigales* :
América del Sur, nous voici !


Traversée de la forêt équatoriale guyanaise, de Cayenne à Saint-Georges

Accompagnement sur de petits tronçons par des cyclistes rencontrés en cours de route

Adieu la tente et vive les nuits en hamac… armé d’une moustiquaire !

Le franchissement de la forêt équatoriale guyanaise en trois jours fut une aventure somme toute paisible. La route pâtit d’une mauvaise réputation : axe de transit des immigrés clandestins et des orpailleurs illégaux, quelques faits d’assauts des années auparavant ont alimenté l’imaginaire collectif.

L’orpaillage illégal, opérés par des milliers de chercheurs d’or clandestins, dénommés les « garimpeiros » et issus principalement des populations défavorisées du Brésil et du Suriname, est un fléau difficile à endiguer du fait du terrain hostile sur lequel il se déploie. La forêt tropicale subit un saccage environnemental causé par le recours au mercure pour amalgamer les particules d’or. Autre répercussion : le climat sécuritaire violent qui entoure ces pratiques, alimenté par des règlements de compte, des conditions sociales et de travail catastrophiques et des trafics en tout genre.

Malgré les mises en garde des guyanais, les seuls êtres que nous aurons croisé sur notre route sont ceux qui nous ont offerts un sourire, un brin de conversation, des indications sur la route et une initiation à la nourriture brésilienne. J’en oubliais la horde de gendarmes, douaniers et militaires postés à un barrage avant Régina et qui m’ont assaillis de questions enthousiastes sur mon voyage. Jusqu’à mon passage de la frontière, je recevrai des appels de phare de tous les véhicules banalisés passant sur la route et serai interpellée joyeusement par des uniformes à chacune de mes haltes !

Arrivés à Saint-Georges, je me sentais déjà presque au Brésil, avec sa part considérable de population brésilienne et son ambiance musicale latino. Étrange condition de ces villes frontières, tiraillées entre deux mondes, remuées par le flux constants de passagers où se mêlent immigration légale et clandestine, voyageurs et touristes vacanciers.

Cela fait écho à l’étrangeté de l’ensemble de ce territoire guyanais, un petit bout de France coincée en Amérique du sud, où l’on se sent à la fois en France et pas tout à fait en France. La Guyane est un territoire à part en Amérique du sud, isolée de ses voisins, tant par les barrières naturelles géographique que par son isolement économique : l’économie guyanaise est en effet intégralement dépendante commercialement de l’Hexagone. La cohabitation culturelle est énigmatique : créoles, noirs descendants d’esclaves africains, amérindiens, métropolitains, H’mongs, chinois, brésiliens et autres composent une société largement multiculturelle, qui observe une séparation stricte entre les différentes communautés. Si la Guyane pâtit d’une mauvaise réputation, cela provient de l’ancien bagne qu’elle abritait au XIXème et début du XXème siècle, des sales bestioles qui y pullulent (pour n’en citer que les plus visibles : non moins de neuf serpents aperçus sur les deux semaines et demi passés en Guyane et, malgré les précautions prises, impossible d’échapper à la voracité des moustiques !), de la couleur brunâtre de ses flots et de son climat quelque peu hostile (pas évident de rouler à vélo sous des trombes d’eau en pleine saison des pluies !). Mais la Guyane est passionnante de par toutes les questions qu’elle suscite. Et ces attributs péjoratifs contrastent avec la gentillesse de ses habitants et la splendeur de sa nature luxuriante.

Mais je vous raconte tout cela peut-être sous l’effet d’un mystérieux envoûtement. La veille du franchissement de la frontière guyanaise, j’ai en effet osé déguster un bouillon d’Awara, succulente spécialité culinaire guyanaise traditionnellement préparée lors des fêtes de Pâques, sorte de pot-au-feu rassemblant une multitude d’ingrédients liés à une pâte du fruit du palmier awara, le tout exigeant 36 heures de préparation ! Selon la légende, ce plat contiendrait toute la Guyane et un dicton assure que quiconque goûte au bouillon d’awara tombe irrémédiablement amoureux du pas et y reviendra !

Affaire à suivre, donc. D’ici là, je continue ma route et, le 8 avril, c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai traversé en pirogue le fleuve Oyapock et que j’ai posé mon pied sur le sol brésilien. Après 9 mois et demi de voyage, le Brésil, enfin !

– – –

* La 1ère partie, ce serait celle en Europe occidentale, de Bruxelles à Cadiz ; la 2ème, c’est celle du monde marin, la transatlantique des Canaries à la Guyane ; et enfin, la 3ème, l’Amérique du sud, de Cayenne à… la Patagonie, ójala (comme le fredonne le chanteur cubain Silvio Rodriguez) !

4 réflexions au sujet de « Olá Sudamérica ! La Guyane, cet étrange petit bout de France coincé en Amérique du sud (mars-avril 2012) »

  1. Bienvenue en Amérique du Sud ! Grrrr tu as pris une sacrée avance par rapport à moi qui ne part du Cap Vert qu’aujourd’hui. Peut-être se verra t’on lors de ton trajet retour ?

  2. Il y a 25 ans je franchissais la frontière au même endroit que toi, passant d’Oyapock à Oiapoque, à bord d’une pirogue. La différence entre les deux villages étaient alors énorme !

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