Acte II – Le nord de la Patagonie argentine : vous reprendrez bien un rail de coups de pédales ?

« L’effort prolongé procure au cerveau sa dose d’opiacées naturelles (…) ; ces sécrétions sont la récompense de l’épuisement : une bonne petite dose de drogue douce, légale, gratuite, bienfaisante, solitaire, silencieuse et par surcroît auto-produite. », Sylvain TESSON, écrivain-voyageur français, Petit traité sur l’immensité du monde.

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ACTE II : SAN MARTIN DE LOS ANDES → PARQUE NACIONAL DE LOS ALERCES (janvier 2013)

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Une nouvelle année entre cyclos à San Martin de los Andes

Entre cyclovoyageurs sillonant l’Amérique du sud, les chemins se croisent et se séparent. Un appel avait été lancé à tous les cyclovoyageurs présents dans le coin de San Martin de los Andes (nord de la Patagonie argentine) pour fêter l’avènement de cette année 2013 en beauté. Bilan : une bonne quinzaine de cyclos présents et une sacré soirée festive bien arrosée !

On en a également profité pour procéder à un échange de conseils et de bon plans, du genre les astuces pour manger à l’oeil et dormir gratos (si possible au chaud et, encore mieux, dans un lit !), pour gérer les clébards qui nous coursent, pour ne pas mourir de soif en plein désert ou gelé à -20° sous la tente, pour bidouiller nos bicyclettes avec trois fois rien ou pour concocter des mets culinaires dignes d’un resto trois étoiles au feu de camp. Comme dit l’ami Urs, « il y a toujours quelque chose à apprendre d’un autre cyclovoyageur ». Le voyageur-philosophe ajouterait : il y a toujours quelque chose à apprendre de l’Autre, quel qu’il soit.

Photo : Lego Voyageurs (http://www.lego-voyageurs.ch)

Photo : Lego Voyageurs (http://www.lego-voyageurs.ch)

Les Dring Dring ont poursuivi leur route en direction du Chili, quant à moi, je tenais à perdurer davantage du côté argentin, afin de passer par El Bolson.

Suite à vos manifestations de préoccupations touchantes résultants de l’article sur le nord-ouest argentin faisant état des quelques mines rencontrées en chemin, j’ai donc entrepris de me munir d’une véritable garde rapprochée.

Los Narcociclistas, une garde rapprochée quelque peu originale !

Los Narcociclistas, comme ils s’auto-prénomment. Pas besoin de traduction ni d’explication, autre que cet extrait d’un bout de conversation.

Affalés devant un paysage époustouflant :
« – ¿ Es la vida, no es ? ¡ No falta nada, gueys* !, dit l’un.
[* Traduction : « C’est la vie, n’est-ce pas ? Il manque rien, les gars ! » – littéralement « les boucs », c’est de l’argot mexicain ! ]
– Sauf de la bière, réplique un autre.
– Et de l’herbe, ajoute un troisième.
– Et des femmes, clôturent-ils en choeur.
Silence. Rotation synchronisée des trois têtes sur un angle de 90° à droite. Les trois pairs d’yeux tombent sur moi.
– Non non, Momo ne compte pas, elle fait partie des narcocyclistes maintenant ! » s’écrie une voix.
Éclat de rire général.

Désolé, je n’ai rien trouvé de plus sérieux en chemin. Ça tombe bien, on s’éclate plutôt bien. Caminante et mes cuisses moins, vu le rythme quotidien soutenu. Comme quoi, les narcocyclistes, de narco, à défaut d’alcool, d’herbe et de femmes, ils sont surtout drogués aux coups de pédales !

Comme écrit Sylvain Tesson, écrivain-voyageur français, « l’effort prolongé procure au cerveau sa dose d’opiacées naturelles à qui les neurologistes donnent des noms savants et que les marcheurs, au-delà d’une vingtaine d’heures de progression intense, sentent inonder leur cerveau.  [cf. les endorphines] (…) Ces sécrétions sont la récompense de l’épuisement : une bonne petite dose de drogue douce, légale, gratuite, bienfaisante, solitaire, silencieuse et par surcroît auto-produite » (Petit traité sur l’immensité du monde). Sportifs et voyageurs mus par leur énergie propre : même addiction !

Les voici donc en image ces fameux Narcociclistas :

Photo : Gustavo (www.sudandoamerica.blogspot.com)

Gus (mexicain), moi, Tom (hollandais) et Urs (suisse-allemand) – Photo : Gustavo (www.sudandoamerica.blogspot.com)

 

Accueil chaleureux par une famille rencontrée en route

Accueil chaleureux par une famille rencontrée en route

EL BOLSON, vous avez dit « Hippie » ?

El Bolsón, bourgade célèbre dans le nord de la Patagonie argentine, installée dans une vallée verdoyante splendide. Célèbre, depuis qu’une première vague de hippies s’y établirent dans les années soixante-dix. Ils participèrent à son développement, axé autour d’une agriculture respectueuse de l’environnement, de productions locales et artisanales diverses (cf. la célèbre bière El Bolsón), de l’artisanat (la ville abrite le plus grand marché d’artisans du pays) et de culture artistique « alternative ». Aujourd’hui, El Bolsón est LE lieu « hippie » en Argentine. Je m’attendais tellement à être déçue face à un développement touristique l’ayant transformé en machine commerciale au service d’un système l’ayant bouffé, que j’ai été positivement surprise (bien que mes craintes n’aient pas été totalement réfutées pour autant).

Photo : Gustavo

Photo : Gustavo

Notez qu’en Amérique du sud, le qualificatif « hippie » est employé à tort et à travers pour désigner toute personne ou lieu échappant à certaines conventions sociales, travaillant comme artisan, vivant selon un mode de vie  proche de la nature ou voyageant en mode « vagabond ». D’où les interrogations fréquemment reçues en cours de route : « T’es une hippie, toi ? ».

Petite anecdote à ce sujet : un jour, dans le nord-ouest argentin, je rencontre une famille modeste qui m’invite à me joindre à leur table. « T’es une hippie ? » m’interroge le fils, âgé de 5-6 ans. Avant que je n’ai pu déblatérer ma formule habituelle qui rencontre généralement beaucoup de succès au vu des éclats de rire qu’elle suscite : « Si être hippie, c’est préférer l’amour et la paix à la haine et la guerre, alors oui, je suis totalement hippie ; mais si être hippie, c’est fumer des pétards toute la journée en n’en branlant pas une, alors non, je n’en suis pas une ! ». Mais là, le père de famille a répondu à ma place : « Ne pose pas ce genre de questions, mon fils, tu vois bien qu’elle se lave et qu’elle n’est pas complètement shootée ! ».

Cette anecdote vous procurera une idée de comment sont perçus ceux qui tentent d’échapper aux normes sociales traditionnelles. Chez nous, le terme est aujourd’hui employé entre guillemets, en terme caricatural. Les hippies sont morts. D’overdose pour certains, mais surtout, ils correspondent à une époque déterminée, les années soixante/soixante-dix, et sont aujourd’hui devenus – à quelques exceptions près – des patrons d’entreprises, des chefs de familles rangés ou au mieux des bobos embourgeoisés. D’où les termes davantage usités aujourd’hui, « néo-hippie » ou « alternatif », bien qu’ils soient aussi vagues que le large spectre d’individus ou caractéristiques qu’ils englobent. A l’instar du caractère hétéroclite des dynamiques qui parcourt la bourgade d’El Bolsón.

A noter, si vous y passer, 2 projets intéressants :

chapiteau– Centre culturel Eduardo Galeano / Carpa Teatro : « Carpa Teatro El Bolson » sur Facebook
Projet culturel autogéré établi dans deux espaces : un centre culturel et un chapiteau, où s’organisent cours et ateliers, et se produisent des spectacles de cirque, théâtre et musique.

cidep– CIDEP – Centre de recherche, développement et éducation à la permaculture (Centro de Investigación, Desarrollo y Enseñanza de Permacultura) : http://www.cidep.org

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Autres liens :
Les Lego Voyageurs, Marie et Johann de Suisse, Anchorage-Ushuaïa à vélo : http://www.lego-voyageurs.ch (notamment de chouettes montages vidéos)
Sudando América, blog de voyage de Gustavo (en espagnol) : www.sudandoamerica.blogspot.com (aussi de chouettes vidéos)

7 réflexions au sujet de « Acte II – Le nord de la Patagonie argentine : vous reprendrez bien un rail de coups de pédales ? »

  1. Ton coeur doit battre à l’approche d’Ushuaia … J’informe les lecteurs : tu es à 280km de Punta Arena – plus qu’un bateau à prendre ensuite et fin du voyage en vue MAIS peut-on parler de fin avec Momo, Maudite ?

    • Oui, j’avoue que je suis émue d’être si proche du bout du monde : plus que 500 kilomètres à traverser l’île de la Terre de feu, où je débarquerai demain en bateau. Je me rends compte qu’Ushuaia existe vraiment et que ce n’est pas juste un lieu légendaire que j’ai balancé un jour en décrétant que je m’y rendrais à coups de pédales et à la voile…

  2. WAw !! Maude !! super ce que tu fais !! Je te Félicite et nous pensons TRÈS TRÈS FORT A TOI !! Alors si tu veux venir nous visiter de nouveau ???????????? nous t´attendons les bras ouverts !!! BISOUS !! Fé

    Date: Wed, 6 Mar 2013 21:55:29 +0000
    To: feduwe@hotmail.com

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