La Cigale de mon Cœur et la Fourmi de ma Tête

Il y a blottie dans mon cœur
       une Cigale
Elle virevolte, danse et chante à tue-tête,
Elle fredonne
Transformons le monde chaque jour en Poésie,
Embrassons fougueusement nos Rêves,
Cultivons un brin de fantaisie, de créativité, d’audace,
Et osons,
perdre le fil du temps.
Elle déploie ses ailes,
       s’envole,
              Libre.

Il y a logée dans ma tête
       une Fourmi
Elle est rangée au garde-à-vous, droite et immobile,
Elle gueule
Soyez responsable, épargnant, rationnel, calculateur,
Pliez-vous aux commandements sacrés
appris par cœur
Travail – Argent – Consommation –
Mariage – Famille – Patrie
Sur ces mots
elle déploie un salut impeccable.
Vite,
       ordonne-t-elle,
              il faut cavaler après le fil du temps.

Et la Cigale
de mon cœur
et la Fourmi
de ma tête
sans trêve
se querellent.

Tête dure sans martel en tête,
honteuse épicurienne,
dangereuse profiteuse du système,
accuse la Fourmi.
Bourreau des cœurs
à la solde du Système et des Touts-Puissants,
assassine de la Liberté, de l’Humanité, de la Planète,
réplique la Cigale.

C’est à qui stridulera
à décibel majeure,
C’est un casse-tête
pour le cœur
et un haut-le-cœur
pour la tête.
Et moi je les implore
S’il vous plaît,
ne pourriez-vous pas
philosopher
Ailleurs ?

Les deux silhouettes se figent
soudain
les quatre yeux pivotent
vers ma mine écartelée
et de leurs gorges
retentit un rire sonore.
Mais voyons,
nous sommes déjà
       Ailleurs
       dans le cœur
       et dans la tête
       de chacun.

– – –

Illustration : Marion Cheney

                                     ILLUSTRATION : MARION CHENEY

– – –

Jeunes d’aujourd’hui, nous avons été élevé par une génération cajolée par le système : années soixante ou rêve américain, plein emploi, croissance, libération sexuelle, retraites garanties et bienveillance de l’État Providence. Nos parents nous ont donc inculqué l’ardeur au travail et l’importance de participer à un système de croissance. Les crises qui ébranlent le monde occidental aujourd’hui, dont l’essence même est de nature anthropologique, nous amènent à nous interroger sur notre modèle de civilisation. Face à un modèle qui s’autodétruit, démontrant par là même son incohérence, on se demande parfois sur quel pied danser. Autrement dit, qui écouter : la Cigale de son cœur ou la Fourmi de sa tête ?

Ce poème est un cri du cœur face à l’écartèlement que nous subissons, jeunes – et moins jeunes. Il est temps, face à un système de Fourmis qui s’écroule, de redonner leur juste place aux Cigales.

– – –

06/08/2013 : Petite rectification suite aux nombreuses réactions reçues de votre part (c’est bon signe, ça fait cogiter !) :

Ne tombez pas dans le panneau tendu par La Fontaine : ceci n’est pas une incitation à se la couler douce, à se contrefoutre du monde, ni une condamnation du travail en soi (sinon du travail rémunéré érigé en valeur suprême… au service de quoi?). Il s’agit plutôt d’une invitation à s’interroger sur notre soumission irréfléchie à un système qui s’écroule et à des normes sociales qu’il est bon de parfois remettre en question. Un appel à la liberté : déployez vos ailes de cigales et inventez votre propre version de la fable de La Fontaine !

12 réflexions au sujet de « La Cigale de mon Cœur et la Fourmi de ma Tête »

  1. Mauder, Maude, Maude…où est-tu ?? Peut-être la vraie question est plustôt: Comment faire pour vivre avec les deux, la cigale et la fourmi et être authentique et coherent avec soi même ??

    Être d’un côté ou de l’autre c’est aussi être incomplet et incoherent. Je crois qu’il est dificile de juger le système tel qu’il est maintenant, car il y a trop de données et d’avis differents…Chacun doit contribuer à créer avec SON grain de sable, et au jour le jour ce QU’IL CONSIDÈRE un MEILLEUR MONDE, IL n’y a pas besoin de choisir.

    Gros gros bisous !! on t’attends !!! Fé

    • Nous connaissons tous l’histoire de la Cigale et la Fourmi,
      et bien veuillez me croire, elle n’était pas vraiment finie…

      La Cigale rentrant chez elle, y retrouve son mari :
      « Arrête de faire crisser tes ailes, Fourmi ne m’a pas fait crédit !
      – Ne t’en fais pas ma chère Cigale, j’irai y faire un tour moi-même,
      j’en parlerai avec son mâle, et nous règlerons le problème. »
      Le Cigalon, tout en chantant, se rend chez monsieur Fourmi,
      qui par de petits gestes lents, met en ordre des grains de riz.
      « Bonjour monsieur, excusez-moi, mon épouse est venue ce matin,
      car bientôt il fera froid, et nous voulions juste quelques grains.
      -Ah oui, ma femme m’en a parlé, mais elle était mal disposée.
      elle ne pense qu’à son boulot, et n’a pas l’esprit très ouvert,
      elle n’a pas le sens du beau, comme la plupart de mes congénères.
      – Vous le savez monsieur Fourmi, nous ne chantons pas que pour plaire,
      mais nous faisons, mon bon ami, ce pourquoi nous sommes sur terre. »
      « Je vous propose un marché », dit m’sieur Fourmi au Cigalon,
      « En échange de ces denrées, pour fêter la fin des moissons,
      venez chanter à la fourmilière, pour faire danser les ouvrières. »
      Le marché est vite conclu, et Cigalon repart chargé,
      Il retrouve sa femme fourbue, la danse, pour sûr, fait mal aux pieds.
      Le Cigalon et la Cigale, s’en vont le soir à la fourmilière,
      Devant y animer le bal, le dernier avant l’hiver.
      Ils font « Xi-xi » devant la reine, et les fourmis remuent leurs fesses,
      Sauf celle de Jean de la Fontaine, elle, y a que la bouffe qui l’intéresse.
      Elle s’en prend à son mari en demandant ce que font, ici,
      La Cigale et le Cigalon : « Qu’ils aillent mourir dans un vallon,
      j’irai moi-même les mettre en terre, » dit d’un ton haineux la mégère.
      « Mais voyez donc, ma belle fourmi, se dandiner tous nos amis,
      c’est grâce à leur chant entraînant, quel dansent les grands et les enfants,
      et pour les en remercier, je leur ai donné de quoi manger.
      – Vous voulez dire que pour ce bruit, vous avez donné des grains de riz ?!
      – Non, pas du bruit, de la musique, écoutez donc cette belle rythmique.
      – Je n’y suis pas vraiment sensible, pour moi ce ne sont que des sons horribles,
      rien qui ne mérite que l’on donne, le plus petit pépin de pomme ! »
      Monsieur Fourmi, en bon mécène, prend position pour les chanteurs,
      Dit à sa femme qui le malmène, cette conclusion de connaisseur :
      « Sachez que c’est de l’art ma chère, et que tout travail mérite salaire. »

      http://monsieurmouch.free.fr/images/caverne/Le_cigalon_et_monsieur_fourmi.pdf

  2. Cigale de notre coeur, toujours aussi sympas de te lire… Et beaucoup doivent se retrouver dans ton questionnement… Moi la premiere, entre ma petite vie toulousaine et mon boulot qui me plait mais qui me demande beaucoup de temps au detriment de mes envies d ailleurs et de nouvelles rencontres… La difficulte est bien de savoir faire des choix de vie en fonction de nos envies, de nos passions, de nos possibilites toujours plus nombreuses (developpement du transport, des reseaux de communication) et de notre raison… Sachant qu il existe de tres nombreuses portent a ouvrir… Mais comme le disait ton collegue un peu plus haut, la solution est sans doute de savoir meler les deux pour trouver son equilibre🙂 Et je suis sure que tu continueras a suivre ton chemin avec envie, passion et bonheur, tout en gardant un minimum de raison pour garder les pieds sur terre et la tete dans les etoiles!
    La vie est une belle histoire a ecrire selon nos envies mais en sachant qu il s agit d une longue histoire, il ne faut donc pas s epuiser trop tot…
    Je te fais de gros bisous ma belle, portes toi bien et j aimerai penser a tres bientot!

  3. Ton poème est très beau et très vrai ! difficile de trouver une réponse à tout ça ! On a tellement baigné dans un monde de fourmis qu’il nous devient très difficile de s’en détacher et d’imaginer vivre sans… Je pense aussi qu’il faut beaucoup de courage pour franchir le pas et mener une vie de cigale ! mais gardons espoir et essayons au moins d’agir dans notre quotidien à notre échelle.
    Bonne continuation à toi Maud,
    Bises,
    Julie

  4. Je me faisais justement ce genre de réflexion le mois dernier🙂 et ma « conclusion » : cigale et fourni sont sur le même bateau, et moi je suis le skipper de ce bateau.

    Gros bisous et merci

    Frédérique

  5. Maud, ton poème a trouvé un écho en moi.

    Et je reste cependant encore confiante dans le pouvoir de la liberté, de la passion, et du respect de l’harmonie de Gaîa.

    Pouvoir rester en résonance avec soi-même !

    C’est bon pour nous tous…

    Bien à toi.

    V.

  6. Très beau, ton poème, et très réaliste! Pour ma part, je serais de l’avis de ton premier interlocuteur: être un peu fourmi (il faut bien vivre! ) et le plus possible cigale, tout en faisant ce qu’il faut pour que les autres puissent aussi vivre, au moins un peu, en cigales. Bien amicalement. Marie-Jo

  7. Chère Maud,
    je reviens de vacances en Amérique du Sud, magnifique voyage, quelques rencontres de personnalités locales qui me font réfléchir…
    Et pour faire écho à ton poème qui pose des questions que je trouve essentielles j’ai envie de dire :
    – le système économique actuel est basé sur une croissance infinie alors que nous évoluons dans un fini (notre jolie planète bleue) ce n’est donc pas viable à long terme
    – lorsque nous parlons de développement, duquel parlons nous ?
    –du développement de l’être humain, de sa progression vers plus de bien-être ou du développement « économique » c’est à dire de l’acquisition de plus en plus de biens matériels sachant les problèmes que leur production pose (pollution, épuisement des ressources, etc.)
    – Il me semble en effet que la cigale est là pour nous faire réfléchir, regarder passer les nuages et rêver
    – il me semble également que la fourmi ne devrait être là que pour permettre à la cigale de chanter et de danser librement sans qu’elle oublie que « La liberté des uns finit où commence celle des autres »
    grosses bises
    Le Tonton Nanard

  8. Bravo pour cette réalisation de la part d’une inconnue du Pays Basque à qui votre grand mère a raconté votre superbe histoire ! Continuez, les bonheurs se trouvent au fond de soi, et dans sa tête et dans son cœur mais pour y parvenir, les chemins sont souvent bien longs, même à bicyclette !

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